Bleuet sauvage – Généralités et monographie

Bleuet sauvage, myrtille et bleuet en corymbe, trois espèces différentes

Surtout ne pas confondre le bleuet sauvage avec la myrtille ou le bleuet corymbosium.  Au Lac St-Jean (région du Québec, Canada), c’est une insulte.  La myrtille est une espèce qui pousse en Europe et en Asie. Le bleuet sauvage ne pousse qu’en Amérique du nord principalement dans le nord-est.  Et ce n’est pas tout.  Il ne faut pas confondre non plus ce que les jeannois (Région du Lac St-Jean) appellent le gros bleuet américain (vaccinium corymbosium) de leurs petites perles bleues, le bleuet sauvage (vaccinium angustifolium).  Selon eux, tout un monde les sépare et ils ont en grande partie raison.  Le bleuet sauvage est plus sucré et moins fibreux et son goût est nettement plus délicat.  Véritable tradition culinaire québécoise, l’usage des bleuets sauvages pour des fins alimentaires remonte aux Amérindiens.  On en fait des tartes, du chocolat, des biscuits, des smoothies, des boissons alcoolisées, du thé et on le mélange aux céréales.  Environ 90% de la production de bleuet sauvage est congelée et est exportée partout dans le monde. Entre 2010 et 2015,  le Québec a produit en moyenne 23 842 tonnes de bleuets sauvages, la grande majorité de cette production provenant du Lac St jean.  La production a atteint des sommets en 2014, avec un volume de plus de 35 000 tonnes.  Une saison de bleuet commence vers le début août et se termine vers la mi-septembre jusqu’à la première pleine lune de septembre lorsque la terre gèle.

Pourquoi s’appelle-t-il bleuet sauvage ?

Champ et abris pour les ruches des abeilles qui pollinisent le bleuet sauvage.

Parce qu’il ne se plante pas.  Le bleuet en corymbe est, tout comme la framboise, un plant. Vous en voulez ? Vous acheter un plant de bleuet en corymbe et vous le faite pousser dans votre jardin.  Il pourra atteindre plus de 2 mètres de haut.  Pour sa part, le bleuet sauvage ne se plante pas car ce n’est pas un plant mais bien un tissu de racine sous-terrain qui est là depuis toujours et qui ne dépassera pas 30 cm de hauteur, d’où son appellation de bleuet sauvage.  Au Lac-St-Jean et sur la Côte-nord du Québec par exemple, si vous voulez un champ de bleuet, la première chose à faire est d’identifier un coin de forêt où le bleuet est présent. Vous coupez ensuite les arbres, vous retournez la terre et la nettoyez, vous y mettez un peu d’engrais et c’est fait. Le bleuet étant déjà dans le sol, il se mettra à pousser.  C’est ce qui explique qu’après un feu de forêt, une des premières choses qui pousse est le bleuet sauvage qui, exposé au rayon du soleil, apparaît soudainement.  Si vous n’entretenez pas votre champ, les espèces d’arbres feuillus commenceront d’abord à pousser suivi des conifères. La végétation deviendra tellement dense que la lumière au sol ne sera plus suffisante et le bleuet disparaîtra graduellement .  Le jour où les feuillus et les conifères mourront et que les rayons de soleil atteindrons directement le sol, le bleuet sauvage repoussera en abondance.  On parle d’un cycle d’environ 80 ans.

Pour la pollinisation des fruits, on fait appel aux abeilles.  Chaque année, c’est 30,000 ruches qui débarquent au Lac St-Jean, chacune abritant de 30,000 à 60,000 abeilles.

Bleuets sauvages de culture, de forêts, boréales ou biologiques?

On a tendance à confondre le bleuet sauvage de culture, le bleuet sauvage de forêt et le bleuet sauvage biologique. Le bleuet sauvage conventionnel est un bleuet cultivé en forêt ou en bleuetières.  Il peut contenir des traces de pesticides.  Le bleuet dit boréal, est un bleuet qui pousse dans un champ et qui n’a pas été exposé à aucun pesticide depuis au moins douze mois précédent la récolte.  Le bleuet biologique pour sa part, a poussé en forêt et ne contient aucun pesticide.

Son intérêt médicinal

Le bleuet sauvage est un, sinon le fruit qui est présentement le plus étudié par la communauté scientifique.  Il arrive en tête de l’indice ORAC (acronyme pour Oxygen Radical Absorbance Capacity / capacité d’absorption des radicaux oxygénés). Cette capacité d’absorbtion des radicaux oxygénés est la qualité première de ce qu’on appelle communément les antioxydants.

Les différents phénoliques du bleuet sauvage

Les bleuets nains sauvages jouent aussi un rôle important dans la prévention de plusieurs maladies chroniques, principalement grâce à la présence des composés phénoliques en particulier les anthocyanes et les proanthocyanes (Ref 8 et 9 W).  L’extrait de bleuets nains sauvages (Vaccinium augustifolium) possède des propriétés antioxydantes qui protègent les cellules des attaques des radicaux libres (11-25).   Ces propriétés s’expliquent principalement par la présence de composés antioxydants puissants appelés anthocyanosides (26-34).  Plusieurs études chez l’humain démontrent que les anthocyanosides extraits des bleuets sont absorbés par l’organisme et distribués en partie dans le sérum sanguin (35-40). Ces études montrent également que les anthocyanosides des bleuets augmentent la capacité antioxydante du sérum sanguin (35-40).

Les propriétés pharmacologiques attribuées aux extraits de bleuets sont nombreuses.  Des travaux de recherche réalisés chez le rat indiquent que les extraits de bleuets ont des effets bénéfiques sur le cerveau (41-48).

Ils protègent les neurones contre la toxicité des radicaux libres.  Les auteurs rapportent également que le bleuet améliore significativement les capacités motrices d’animaux âgés (42). D’autres travaux réalisés sur une souris souffrant d’Alzheimer montrent que le bleuet peut prévenir l’apparition de la maladie malgré les prédispositions génétiques de ces rongeurs (45).  D’autres études menées par ce groupe de recherche rapportent que le bleuet augmente la mémoire et le comportement cognitif des rats (46-48).  De plus, les extraits de bleuets possèdent des propriétés anticarcinogènes c’est-à-dire qu’ils empêchent la cancérisation des cellules et l’apparition de tumeurs (49-53).  Ils bloquent également la croissance tumorale en inhibant la formation des vaisseaux sanguins nourrissant la tumeur (angiogenèse) (53-55).

Le bleuet contient une quantité importante de resvératrol (56-57). Ce composé inhibe l’agrégation des plaquettes sanguines et l’oxydation des LDL (lipoprotéines de basse densité) (58-59). Le resvératrol a des effets protecteurs sur le système cardiovasculaire et permet de prévenir l’artériosclérose.  On rapporte que l’extrait de bleuets est efficace pour le traitement des maladies vasculaires périphériques, c’est-à-dire qu’il a permis, lors d’essais cliniques, une amélioration de la circulation sanguine chez des femmes enceintes souffrant d’insuffisance veineuse chronique.  De plus, ces extraits se sont révélés utiles dans le traitement pré et post opératoire des varices et des phases aiguës d’hémorroïdes (Ref 6 W).

Marazzoni et Bombardelli (1996) ont démontré que les anthocyanes ont des effets directs et indirects sur le collagène, qui est l’élément protéique principal des tissus connectifs (tendons et cartilage).  La structure réticulaire des anthocyanes renforce de ce fait la matrice du collagène.  De plus elles sont rapportées comme étant des molécules bio-actives inhibant les enzymes qui décomposent le collagène.

Une autre étude s’est intéressée à la propriété antimicrobienne de certaines fractions de bleuet nain sauvage sur certaines bactéries pathogènes.

Le bleuet tout comme la canneberge contient des proanthocyanes de type A efficaces à aider à se préminir des infections urinaires.

Les résultats suggèrent que les extraits de bleuet sont efficaces contre deux bactéries pathogènes, soit la Listeria monocytogenèse et l’Escherichia coli O157 :H7, mieux connues sous le nom de Listeria et E. Coli (Réf 10W). L’acide hippurique, contenu dans le jus de bleuet est le principe actif dans le traitement des infections de l’appareil urinaire causées par E coli. Cette dernière adhère à la paroi de la vessie et de l’appareil urinaire par ses adhésives (désignées MS et MR) localisées sur les pilis, permettant ainsi une colonisation bactérienne massive (Réf 11W).  Le bleuet contient un inhibiteur stable à la chaleur, résistant à la trypsine et non dialysable, qui agit comme une anti-adhésine bloquant la fixation des bactéries aux parois de l’appareil urinaire et par conséquent réduisant l’infection bactérienne (Ref 12 W)

Plusieurs études ont aussi été réalisées pour évaluer l’efficacité du bleuet sur le diabète de type 2 (Ref 13 et 14).  L’équipe du Professeur Pierre Haddad Ph.D (Université de Montréal) a effectué une étude sur l’effet du bleuet biologique sur le diabète. Les chercheurs ont testé les effets du jus de bleuet sur un groupe de souris sujettes à l’obésité, au diabète et à l’hypertension. Cette étude a permis d’observer le potentiel de ce jus dans la lutte contre le diabète de type 2 chez l’humain.

Une étude réalisée par Matchett et al. (2006) a mis en évidence entre autres, la réduction d’apparition du cancer de la prostate, principale maladie chez les hommes de notre siècle, au Canada et aux États-Unis.

Monographie de Santé Canada

La présente monographie vise à servir de guide à l’industrie pour la préparation de demandes de licence (DLMM) et d’étiquettes dans le but d’obtenir une autorisation de mise en marché d’un produit de santé naturel.  Elle ne vise pas à être une étude approfondie de l’ingrédient médicinal.

7 février 2014

Nom(s) propre(s)

  • Vaccinium corymbosum L. (USDA 2010a)
  • Vaccinium angustifolium Aiton (USDA 2011)
  • Vaccinium pallidum Aiton (USDA 2010b)

Nom(s) commun(s)

Bleuet (USDA 2010a,b,2011)

Matière(s) d’origine

Fruit (USDA 2010a,b,2011)

Voie(s) d’administration

Orale

Forme(s) posologique(s)

  • Les formes posologiques pharmaceutiques acceptables comprennent, notamment les bandelettes, les capsules, les comprimés, les formes posologiques à croquer (p. ex. les comprimés, les gélifiées), les liquides ou les poudres.
  • Les aliments ou les formes posologiques semblables aux aliments telles que les barres, les gommes à mâcher ou les breuvages, sont exclus de cette monographie.

Usage ou fins recommandés

Énoncé(s) précisant ce qui suit:

Fournit des antioxydants (Serafini et al. 2009; Kolosova et al. 2004).

Dose(s)

Énoncé(s) précisant ce qui suit :

Sous-population(s)

Adultes (≥ 18 ans)

Quantité(s)

Sec, extraits non normalisés et extraits normalisés :

  • Jusqu’à 20 g de quantité brute équivalente (QBE), par jour (FCÉN 2010; McAnulty et al. 2004).
  • Jusqu’à 150 g de fruit frais, par jour (FCÉN 2010; McAnulty et al. 2004).

Durée d’utilisation

Énoncé non requis. 

Mention de risque

Énoncé(s) précisant ce qui suit :

Précaution(s) et mise(s) en garde

Produits fournissant ≥ 5 g et plus par jour ; Produits fournissant ≥ 37,5 g du fruit frais par jour

Si vous prenez des anticoagulants, consulter un praticien de soins de santé avant d’en faire l’usage (ASHP 2005; Franco et al. 2004; IOM 2001; Hansten et al. 1997).

Contre-indications(s)

Énoncé non requis.

Réaction(s) indésirable(s) connue(s)

Énoncé non requis.

Ingrédients non médicinaux

Doivent être choisis parmi ceux de la version actuelle de la liste des ingrédients non médicinaux acceptables de la DPSNSO 

Spécifications

  • Les spécifications du produit fini doivent être établies conformément aux exigences décrites dans le Guide de référence sur la qualité des produits de santé naturels de la DPSNSO.
  • L’ingrédient médicinal doit être conforme aux exigences mentionnées dans la Base de données d’ingrédients de produits de santé naturesl (BDIPSN).

Références citées

  • ASHP 2005: American Society of Health-System Pharmacists. Amercan Hospital Formulary Service (AHFS) Drug Information. Philadelphia (PA): Lippincott Williams and Wilkins;2005.
  • CNF 2010: Canadian Nutrient File (CNF). 2010 Le lien suivant vous amène à un autre site Web . Ottawa (ON): Food and Nutrition, Health Canada. [Date Modified 2012 April 26; Accessed 2013 August 06].
  • Franco V, Polanczyk CA, Clausell N, Rohde LE. Role of dietary vitamin K intake in chronic oral anticoagulation: prospective evidence from observational and randomized protocols. The American Journal of Medicine 2004;166(10):651-6.
  • Hansten PD, Horn JR, editors. Drug Interactions Analysis and Management. Vancouver (WA): Applied Therapeutics Inc.; 1997.
  • IOM 2001: Institute of Medicine. Panel on Micronutrients, Subcommittees on Upper Reference Levels of Nutrients and Interpretation and Uses of Dietary Reference Intakes, and the Standing Committee on the Scientific Evaluation of Dietary Reference Intakes, Food and Nutrition Board, Institute of Medicine. Dietary Reference Intakes for Vitamin A, Vitamin K, Arsenic, Boron, Chromium, Copper, Iodine, Iron, Manganese, Molybdenum, Nickel, Silicon, Vanadium, and Zinc. Washington (DC): National Academies Press; 2001.
  • McAnulty SR, McAnulty LS, Nieman DC, Dumke CL, Morrow JD, Utter AC, Henson DA, Proulx WR, George GL. Consumption of blueberry polyphenols reduces exercise induced oxidative stress compared to vitamin C. Nutrition Research 2004;24:209-221.
  • Kolosova, NG, Lebedev PA, Dikalova AE. Comparison of antioxidants in the ability to prevent cataract in prematurely aging OXYS rats. Bulletin of experimental biology and medicine 2004;3:249-251.
  • Serafini M, Testa MF, Villano D, Pecorari M, van Wieren K, Azzini E, Brambilla A, Maiani G. Antioxidant activity of blueberry fruit is impaired by association with milk. Free Radical Biology & Medicine 2009;46:769-774.
  • USDA 2010a: United States Department of Agriculture, Agricultural Research Service, National Genetic Resources Program. Germplasm Resources Information Network Le lien suivant vous amène à un autre site Web GRIN).. National Germplasm Resources Laboratory, Beltsville (MD). [Vaccinium corymbosum L.. Last updated 2010 January 14; Accessed 2013 July 12].
  • USDA 2010b: United States Department of Agriculture, Agricultural Research Service, National Genetic Resources Program. Germplasm Resources Information Network Le lien suivant vous amène à un autre site Web (GRIN). National Germplasm Resources Laboratory, Beltsville (MD). [Vaccinium pallidum Aiton. Last updated 2010 January 14; Accessed 2013 July 12].
  • USDA 2011: United States Department of Agriculture, Agricultural Research Service, National Genetic Resources Program. Germplasm Resources Information Network Le lien suivant vous amène à un autre site Web (GRIN). National Germplasm Resources Laboratory, Beltsville (MD). [Vaccinium angustifolium Aiton. Last updated 2011 September 27; Accessed 2013 July 12].

Références examinées

  • Blumenthal M. The Complete German Commission E Monographs: Therapeutic Guide to Herbal Medicines. Austin (TX): American Botanical Council in cooperation with Integrative Medicine Communications;1998.
  • Bove M. An Encyclopedia of Natural Healing for Children and Infants. 2nd edition. New York (NY): McGraw-Hill Publishing, Incorporated;2001.
  • Brinker F. Herb Contraindications and Drug Interactions, 3rd edition. Sandy (OR): Eclectic Medical Publications;2001.
  • Heinonen I, Meyer A, Frankel E. Antioxidant Activity of Berry Phenolics on Human Low-Density Lipoprotein and Liposome Oxidation. Journal of Agricultural and Food Chemistry 1998;46(10):4107-4112
  • Martindale 2010: Sweetman SC (ed), Martindale: The Complete Drug Reference. Le lien suivant vous amène à un autre site Web Medecines complete London (GB): Pharmaceutical Press; Copyright 1933-2010. [Accessed 2013 August 06].
  • Merck 2012: The Merck Index Version 14.1 Le lien suivant vous amène à un autre site Web Medecine complete Merck. Whitehouse Station (NJ): Merck & Co., Inc. [Published 2006; Updated 2010; Accessed 2011 June 16].
  • Pizzorno JE, Murray MT, editors. Textbook of Natural Medicine. Third edition, volume 1. St. Louis (MI): Churchill Livingstone Elsevier;2006.
  • Schilcher H. Phytotherapy in Paediatrics: Handbook for Physicians and Pharmacists: With reference to Commission E Monographs of the Federal Department of Health in Germany. Includes 100 Commission E monographs and 15 ESCOP Monographs. Stuttgart (DE): Medpharm Scientific Publishers;1997.
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